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Quand Facebook complique les ruptures amoureuses

 
Il peut être tentant d’espionner les activités de son ex sur Facebook.

Il peut être tentant d’espionner les activités de son ex sur Facebook.

Marie-Ève Bourgoing-AlariePublié le 9 Novembre 2012
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Après sa rupture amoureuse, *Stéphanie a préféré s’éloigner de Facebook.

«Quelques jours après la rupture, mon moral était à son plus bas. Je suis allée sur Facebook et toutes les actualités de mon ex apparaissaient. Je voyais qu’il commentait comme avant, qu’il aimait différents statuts. Il continuait à vivre et ça me blessait parce que moi, je n’allais vraiment pas bien. Quand son statut est passé de «en couple» à rien du tout, ça m’a donné un grand coup. J’ai décidé de ne plus retourner sur Facebook pendant un an», raconte-t-elle.

Il ne suffit plus de brûler les photos souvenirs, les courriels, les petits mots d’amour pour en finir avec une relation amoureuse. Une rupture numérique est aujourd’hui nécessaire, croit Synda Ben Affana, professeure en communication sociale à l’Université du Québec à Trois-Rivières et spécialiste en réseaux sociaux.

«Avant l’arrivée des médias sociaux, on coupait le lien avec l’ex-amoureux, simplement. Je pense qu’il faut faire les mêmes choses dans les médias sociaux. Ça fait partie du processus de deuil: la personne n’est plus dans notre quotidien. Il y a un problème de cohérence: l’ex ne fait plus partie de notre vie, mais on reste amis sur Facebook et on lui partage nos états d’âme, nos photos de voyage, etc.», souligne Mme Ben Affana.

Couteau à double tranchant

Difficile pour plusieurs de ne pas espionner le compte Facebook de son ex. Si, pour certains qui en sont conscients, c’est l’occasion de faire passer des messages plus ou moins subtils à son ex dans le/la contacter directement, cela peut devenir un outil de vengeance.

*Karine a d’ailleurs été victime des menaces virtuelles de son ex-conjoint.

«Mon ex menaçait d’écrire des vacheries me concernant sur le mur de mon nouveau chum, de mes amis et de collègues de travail, confie Karine. Je l’ai bloqué, mais comme il utilisait aussi les accès de membres de sa famille, il a fallu que je les bloque eux aussi. Il allait voir mon fil d’actualité par le compte de sa sœur. Il  menaçait de détruire ma réputation et à plus de 1500 amis, ça aurait pu prendre de l’ampleur très rapidement.»

«Même l’application Foursquare m’a créé des problèmes. Mon ex connaissait mon nouveau chum. C’est arrivé que nous nous sommes identifiés à un certain lieu via Foursquare. L’ami de mon ex l’a appelé pour le lui dire et il a envoyé un courriel de menace à mon nouveau chum. Ça fait plusieurs mois et je dois encore faire attention à ce que je publie sur Facebook», ajoute-t-elle.

D’après Isabelle Borduas, sexologue au Cégep de Trois-Rivières, l’impact des réseaux sociaux, en particulier Facebook, est banalisé.

«Facebook est un couteau à double tranchant. Oui il y a des risques de harcèlement ou de chantage, tout comme Facebook peut apporter de belles choses. Mais c’est dangereux vu le grand impact que ça peut avoir et il ne faut pas oublier que ça peut blesser des gens», mentionne-t-elle. «Je dis aux étudiants: «Si tu le mets sur Facebook, il faut que tu sois prêt à crier ça dans un amplificateur dans le stade olympique.»

Synda Ben Affana confirme l’impression de Mme Borduas: «Je confirme qu’il y a une banalisation de la force des réseaux sociaux. Les adultes ont vu l’arrivée des réseaux sociaux dans leur quotidien. L’émergence de ces technologies s’est graduellement intégrée à leur vie de tous les jours, selon leurs besoins. Les adolescents, eux, n’ont pas vraiment assisté à cette arrivée. Ils n’ont pas vécu la comparaison entre l’avant et l’après réseaux sociaux. Je pense que pour les jeunes, la frontière entre le privé et le public n’est pas claire sur les réseaux sociaux. Ils accordent beaucoup de confiance en les paramètres de confidentialité de Facebook.»

Anik Ferron, sexologue, n’est pas surprise que Facebook puisse devenir un outil de vengeance.

«Je ne sais pas si ça arrive régulièrement, mais je me demande si un tel comportement de menace sur Facebook est passible d’accusations pour harcèlement. Ça serait intéressant d’avoir le point de vue d’un avocat sur cette question», indique-t-elle.

«On voit de plus en plus la place que prend Facebook lors de la gestion d’une rupture amoureuse. Par exemple, j’entends une jeune me dire: «Je capote. Ça fait quatre ans que je suis avec mon chum et il m’a laissé hier.» Mais elle n’a même pas eu le temps de l’annoncer à sa famille que son ex l’avait affiché sur Facebook. Elle avait déjà 25 messages disant «si tu as besoin de parler, je suis là». Elle n’a peut-être pas eu le temps de passer par les premières phases de son deuil amoureux», affirme Mme Borduas.

Sensibiliser et responsabiliser

Mme Ben Affana dit qu’un travail de sensibilisation est à faire auprès des jeunes sur l’utilité de ces outils que sont les réseaux sociaux.

« Il faut responsabiliser l’usager en général, car c’est un monde qui s’ouvre derrière l’écran. Il faut essayer de garder confidentiel ce qui doit l’être. Je demande à mes étudiants: «Pourriez-vous monter dans l’autobus et donner votre numéro de téléphone à tout le monde ou montrer des photos de votre denier voyage?» Alors pourquoi les gens ont-ils tendance à faire pareil sur Facebook?»

Une agence de marketing américaine a tenté, de son côté, d’instaurer le «Break up with your ex day», la veille de la Saint-Valentin.

Besoin d’un petit coup de pouce pour cesser d’espionner le compte Facebook de votre ex? Une extension de Google Chrome appelée «Eternal Sunshine» permet de cacher une personne indésirable de Facebook sans avoir à l’enlever de sa liste d’amis.

*Les noms utilisés dans cet article sont fictifs.


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